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La série API 500… que peut-on en dire ?

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Dans les années 1970 et 1980 (ça y est, je recommence…), à peu près chaque grand studio avait un rack de modules Scamp dans sa salle de contrôle.
Fabriqués par l’excellente compagnie Audio and Design (plus connus pour leur compresseur/limiteur F760 ‘Compex’ dual/stéréo), il s’agissait de modules de traitement très fins, conçus pour être insérés dans un ‘mother rack’ 19 pouces ou dans une ‘lunchbox’, respectivement capables d’héberger une douzaine ou quatre unités. Ces modules présentaient un excellent compresseur basé sur le Compex, quelques GATES un peu là par hasard, quelques de-esser très utiles, des panners (basés sur le ‘Panscan’, phasers, flangers et autres goodies.
Ce concept était plutôt logique ; faire sortir plusieurs unités d’une même source d’énergie et partager un même rack permettait de réduire les coûts, l’espace et d’offrir une masse de traitement dans un espace relativement compact.

Pendant plus d’une décennie, le rack Scamp a été la référence lorsque, du jour au lendemain, ce système a fini par devenir redondant. Ce qui est à mon goût une erreur, car je pense qu’une génération de recordman toute entière serait ravie de redécouvrir la qualité, la variété et la valeur ajoutée qu’apporterait le renouveau du méconnu Scamp. Le fait est que la mode a changé, et que leurs pairs élitistes et ignorants seraient tout sauf impressionnés.

Audio and Design n’étaient pas les seuls à promouvoir le concept du mother rack/sub-unit. Au Royaume-Uni, une société appelée Rebis a imaginé une version moins coûteuse et aux Etats-Unis DBX a proposé son excellent 900 series modules. DBX est maintenant connue pour son de-esseur 902, bien que le compresseur 903 soit un secret bien gardé (ainsi que l’original 160X en format subrack). D’autres partisans juraient par l’Inwards Vac Rac original, maintenant collector et… API.

API a commencé par offrir des systèmes subrack par hasard. À l’instar des premières Neve, les consoles API comprenaient des égalisateurs séparés et des modules compresseurs dans un ‘building block’ (les préamplis micro API avaient tendance à être fabriqués dans des modules de routage, et n’étaient donc pas disponibles en tant que modules seuls). Les amateurs de consoles API ont commencé à demander à ce que ces modules soient réalisés en marge des consoles, dans un but de traitement. Ainsi, une ‘lunchbox’ basique serait faite pour stocker deux ou quatre modules (on l’appelle lunchbox du fait de sa ressemblance avec ces boîtes à sandwich compactes que les ouvriers et travailleurs emmènent au travail). De la même manière que les modules API, ceux-ci accepteraient des égalisateurs ‘thumbnail’ compatibles réalisés par des compagnies parentes (APSI, Angus, etc.) ainsi que de petits égalisateurs de certains fabricants. Ainsi, le format ‘lunchbox’ d’API est né par hasard, afin d’offrir une place de choix aux modules existants, contrairement aux appareils imaginés par Scamp et d’autres.

Lorsque API a été racheté par ses actuels propriétaires au milieu des années 1990, la compagnie n’était que l’ombre d’elle-même. Funky Junk a été la première compagnie audio professionnelle à la distribuer et à la promouvoir, que ce soit en Europe et aux Etats-Unis, et a participé à faire grimper les ventes d’API de la somme ridicule de 9500 € en Europe en 1996 à plus de 300 000 € dans les années 2000 (date à laquelle nous avons arrêté de les distribuer, pour des raisons personnelles). En chemin, nous avons persuadé API de prendre contact avec notre ami Mike Nehra de chez Vintage King, qui est depuis devenu le premier revendeur d’API.

API est ainsi devenu l’un des leaders du marché de l’outboard (EQ, preamps et compresseurs), avec en tête de file la série 500 (lunchbox). Une poignée d’autres sociétés a toujours réalisé des modules compatibles, en particulier Brent Averill (appelé aujourd’hui BAE), au préampli micro 312 basé sur le design de l’API original. Puis, il y a de cela cinq ans, d’autres compagnies ont pris conscience du potentiel de proposer leurs propres designs pour combler les milliers de SLOTS des lunchbox et racks API. API a finalement accepté d’approuver les modules 500 series réalisés par d’autres fabricants (en réalité, aucune approbation n’était nécessaire, puisque ce format n’avait ni brevet ni copyright), ce qui a contribué à ouvrir la voie. Quelques années plus tard, on ne compte plus les différents modules série 500 disponibles sur le marché, et dans lesquels il est facile de se perdre…

Je n’ai aucune intention de faire l’inventaire des différentes options. Je le ferais peut être, si j’avais quelques années à perdre… Le principal objet de cette enquête est de déterminer les raisons qui font tout le mérite de la série 500, et ce qu’il faut regarder lorsque l’on en cherche à s’y frotter…

Comme nous l’avons vu précédemment, l’économie des systèmes subrack est bien pensée. Evidemment, le coût de base est assez élevé, compte-tenu du fait qu’un rack et qu’une batterie (ou powered rack/lunchbox) sont indispensables avant que n’importe quel module soit utilisable. Ceci dit, les coûts ont grandement diminué depuis une dizaine d’années, et ce en partie grâce à nos suggestions (lorsque nous distribuions API en Europe, nous avons souligné le fait qu’une baisse des coûts était nécessaire pour que nos clients commencent à en acheter). Ceci dit, une fois qu’un rack est en votre possession, on peut y ajouter divers modules low-cost : plus on en ajoute, plus le système est économique.

Mais est-ce pour autant une bonne logique ? Mon avis est mitigé.

L’impératif premier des racks 500 était que les superbes égalisateur et micro API pouvaient être achetés uniquement au format 500. Évidemment, API fait des préamplis quatre canaux (3124+) et une EQ (5500) au format rack, mais API reste fidèle à l’idée de proposer ses produits en format 500. Ainsi, si vous souhaitez acquérir une sélection d’égalisateurs et de pré-amplis micros API(ainsi que le compresseur), la seule option réaliste est de miser sur une lunchbox ou un rack 500. Mais, avec beaucoup d’autres possibilités sur le marché, la logique peut en devenir moins évidente.
D’après mon expérience, la plupart des ingénieurs professionnels fonctionnent selon l’expression ‘une boîte, une fonction’. Si, par exemple, ils veulent des préamplis micro A-Designs (Quad 8), la plupart achèteraient un Pacifica en rack. Ceci dit, il ne fait aucun doute que la 500 series offre un choix incroyable à celui qui cherche la diversité. Personnellement, je suis un peu ‘old school’ et je reste fidèle à l’idée selon laquelle le son exceptionnel de la plupart des meilleurs albums est dû au fait que les préamplis micro et la plupart des égalisateurs étaient plus consistants à l’époque. L’ingénieur utilisait constamment les préamplis et égalisateurs pour un rendu de son unique. Alors que je serais heureux avec un rack 500 de dix préamplis API 500 512 ou dix égalisateurs 550A (ou B), je serais frustré si j’avais des préamplis et égalisateurs différents, en compétition les uns avec les autres, et qui donneraient différents rendus pour un même enregistrement. Pour en revenir aux racks Scamp classiques, je ne pense pas que ce soit une coïncidence si la plupart de ceux que l’on voit sont largement équipés de gates et compresseurs. Du temps où les SSL et Neve VR n’existaient pas (par la suite, les fabricants ont incorporé des gates et des compresseurs dans les tranches de console), le besoin d’un rack de compresseurs et/ou de gates était évident. C’est alors que les unités Audio Design sont apparues…

Cela étant dit, on peut maintenant dénicher d’excellents modules créés pour les racks série 500 qui sont disponibles en format autonome. Le Retro Double Wide, par exemple, ou le nouveau BAE 1073 offrent un pprocessing de qualité dans un format compact et qui peut ajouter de la puissance à un arsenal audio.
À la manière des grands chefs, tous les ingénieurs audio ont leur propre recette de son : ils peuvent donc mixer et mélanger divers processeurs dans un espace compact et de façon rentable.
À l’époque, si vous vouliez intégrer dix bons compresseurs sur votre rack, cela occupait 20U et coûtait 20 000 €. Maintenant, un rack 10 slots série 500 coûtera la moitié, ce qui a son importance dans les control room de taille réduite. Mais il y a des compromis. Tout d’abord, certains racks 500 ne délivreront pas assez d’énergie pour les unités les plus sophistiquées (c’est pour cette raison que BAE et d’autres fabriquent des racks avec une alimentation externe). Ensuite, accéder aux side chain, direct out, link (etc.) peut être limité et enfin, certaines unités sont très réduites ou compromises électroniquement, malgré ce que peut avancer le fabricant. J’ai été très déçu par un grand nombre de modules 500, bien que certains en disent le plus grand bien… Je me demande si ceux qui en ont fait des commentaires si élogieux ont un jour utilisé ces fameuses unités (ou s’ils possèdent une quelconque connaissance en OUTBOARD professionnel). Prenez également conscience que la construction et le service après-vente sont cruciaux lorsqu’il s’agit d’équipement audio : un module cassé n’a aucune valeur… Quelques modules 500 series sont trop petits, n’ont pas de transformateurs dignes de ce nom et comptent beaucoup trop de composants, compte-tenu de leur taille.

J’espère que ce panorama vous aidera à comprendre l’histoire de cette mode pour les modules 500 series. Dans les prochains mois, j’installerai plusieurs de ces modules aux studios Snap et ferai part de mon avis sur chacun d’entre eux.

Eccentric. 01.02.2013

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